Juliette Oury, un premier roman étonnant et audacieux

Juliette Oury viendra présenter Dès que sa bouche fut pleine le vendredi 13 octobre à 19h à la Librairie AB à Lunel. Véritable expérience de lecture, ce récit décrit un univers dans lequel les fonctions sociales de la sexualité et de la nourriture sont inversées. Rencontre.

Pouvez-vous nous raconter succinctement l’histoire de ce roman ?

Il s’agit d’un univers dans lequel le sexe et la nourriture ont des rôles inversés. Manger est très tabou tandis que la sexualité est partout. Lætitia, la protagoniste, se réveille un matin avec un appétit dévorant, ce qui la surprend, la déstabilise car on ne lui a jamais dit que c’était possible. Au travers de cette quête de nourriture, elle va s’émanciper et se libérer de l’emprise que la société a sur elle.

Comment vous est venue l’idée de ce livre et comment l’avez-vous préparé ?

Cela m’est venu de la lecture d’un livre de Michel Tournier, Les Météores, où il y a une description d’une pomme en train d’être tranchée. Les mots choisis étaient d’une précision et d’une sensualité incroyable. On n’a jamais regardé une pomme comme ça. Cela a fait germer une petite graine en moi. L’inversion permet de décaler le regard entre ce qui est tabou et ce qui est commun. Il a beaucoup de similitudes entre ces deux notions : le plaisir, le rapport au corps et le fait que cela est indispensable à la survie de l’espèce. À partir de là, l’inversion est facile à imaginer.

À travers cette inversion et toutes ses ramifications, que souhaitiez-vous raconter ?

Je souhaitais interroger des conventions, nos habitudes et mécanismes. Il s’agissait aussi d’évoquer le fait que le désir et l’appétit ne sont pas forcément romantiques et tournés vers quelqu’un. C’est une force de vie intime, un moteur de libération. L’inversion permet également de dire des choses très vraies et très crues.

En quoi votre ouvrage parle de la condition féminine et que nous dit-il à ce sujet ?

Je voulais écrire sur le tabou de la sexualité, en particulier pour les femmes. Quand j’ai commencé à en parler autour de moi, on m’a répondu que je me trompais, qu’il n’y avait plus de tabous sur ce sujet. Or, ce n’est pas ce que je ressens. La parole sur le sexe est partout mais la parole intime est assez rare. Cela créé une forme de solitude et un levier de contrôle, surtout sur les femmes. La femme est également prise dans des injonctions contradictoires. Cela est vrai pour la nourriture – aimer manger, cuisiner mais ne pas trop manger et ne pas grossir – et pour la sexualité – être libérée mais pas trop car c’est mal vu. Ces injonctions capturent nos propres besoins.

Un autre axe de votre livre est le plaisir sensoriel comme source de liberté, de découverte de soi et d’émancipation…

J’ai écris un partie pendant le confinement. Je me suis amusée à goûter une tomate, une courgette et un bout d’oignon cru. Si on se reconcentre sur les sensations, on peut dire beaucoup de chose. Il y a beaucoup plus de sensualité dans les scènes de nourriture que dans celles portant sur la sexualité des personnages. Sur ce dernier point, j’ai essayé de faire des descriptions les plus neutres possibles et le choix des mots n’était pas facile car il y a tout un vocabulaire associé, vulgaire, médical ou enfantin qui oriente le propos.

Votre conseil lecture ?

Pour rester dans le thème, l’essai Mangeuses, histoire de celles qui dévorent, savourent ou se privent à l’excès de Lauren Malka, qui parle de la façon dont les femmes mangent et comment la société leur dit de manger.

 

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